L’ambassadeur Christian Dussey est le directeur du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP). Cette année, il faisait partie du Comité de sélection chargé de faire passer les entretiens aux candidats à notre programme de bourses. L’Ambassadeur Dussey a fait ses études à la Fletcher School of Law and Diplomacy, à la Tufts University, à l’Université de Fribourg en Suisse et à l’Université de Georgetown à Washington D.C.

Ayant vous-même étudié dans trois des meilleures universités américaines, quel est le meilleur conseil que vous pouvez donner à nos nouveaux boursiers suisses ?

Je leur conseille de laisser leur curiosité les guider pour découvrir la richesse qu’ont à offrir ces prestigieux établissements. Je leur conseillerais également de s’imaginer ce qu’ils penseront rétrospectivement de cette période passée à l’étranger. Si leur famille, leurs amis ou leurs collègues leur posaient des questions sur cette période, dans deux ou cinq ans, quelle serait leur réponse ? Était-ce exceptionnel, inoubliable ? Était-ce une expérience transformatrice ou sont-ils passés à côté d’opportunités ?

En quoi le fait d’avoir étudié dans trois grandes universités américaines a-t-il eu un impact sur votre carrière ?

L’impact sur ma carrière a été beaucoup plus important que ce que je ne le pensais. J’ai eu le privilège d’étudier dans quelques-uns des meilleurs établissements au monde dans le domaine des relations internationales. Il y a 30 ans, certains de mes camarades de classe de l’université suisse où j’étudiais pensaient que je dépensais énormément d’argent pour étudier aux États-Unis sans avoir l’assurance que cela me serait utile. Ils avaient tort. Rétrospectivement, je peux dire que mes trois séjours à l’étranger ont constitué une expérience déterminante et transformatrice. Ces derniers ont également confirmé les propos du philosophe et homme d’État romain, Sénèque : « La chance n’est que la conjonction de la volonté et de circonstances favorables. »

L'Ambassador Dussey avec d'autres membres du comité de sélection: Ursina Boulgaris, Patricia Legler et Magdalena Drsova (de gauche à droite). Photo: Olivier Borgognon.

Si vous étiez à nouveau étudiant, quelle université choisiriez-vous et pourquoi ?

Je ne me concentrerais pas uniquement sur les États-Unis. Je procéderais d’abord à une analyse approfondie pour évaluer la réputation de l’université, la proximité du corps professoral, la diversité des étudiants, l’effort consacré à l’innovation dans l’apprentissage, la façon dont l’université prend soin de ses anciens étudiants, les succès de ces derniers au niveau professionnel, l’architecture du campus, le caractère unique des études, et aussi les valeurs sur lesquelles repose la mission de l’université.

Le GCSP offre une vision globale de la question de la sécurité, puisque le centre aborde un ensemble complexe de sujets, notamment la cybersécurité, la sécurité humaine, la sécurité des genres et la sécurité inclusive, mais aussi la sécurité dans l’espace et la sécurité et du droit. Selon vous, lequel de ces domaines de la sécurité représente le plus grand défi et pourquoi ?

Nous vivons dans un monde extrêmement interconnecté, marqué par une transformation profonde et continue. Les changements se produisent à la fois graduellement et brusquement, à différents niveaux et dans de nombreuses sphères. Toutes les questions que vous avez évoquées sont étroitement liées et la vitesse de transformation est spectaculaire, comme on peut le constater dans des domaines tels que l’intelligence artificielle et le réchauffement climatique. C’est pourquoi la mission du GCSP (préparer et transformer les individus et les organisations, afin qu’ils puissent créer un monde plus sûr) est plus pertinente que jamais.

Hormis les questions de sécurité, votre centre a également développé une expertise en matière de leadership stratégique. Pourquoi pensez-vous que nous sommes confrontés à une crise mondiale du leadership et quelle mentalité et quelles nouvelles compétences sont essentielles pour surmonter cette crise ?

Pour relever les défis mentionnés précédemment, il est nécessaire d’avoir de solides compétences en leadership à tous les niveaux des organisations, et pas uniquement au sommet de celles-ci. Un leadership efficace requiert caractère et intégrité. De plus, nous observons dans nos recherches et nos activités que la pensée critique, la créativité, les compétences novatrices en matière de résolution de problèmes et une solide connaissance de l’environnement international actuel sur plusieurs niveaux sont nécessaires pour faire face à un monde complexe et multi-facettes. Enfin, comme nous en avons été témoins tout au long de l’histoire, la capacité d’anticiper, de s’adapter et d’apprendre demeure une qualité essentielle pour assurer un leadership réussi.